« Torontonamo », disent-ils…

Plus les jours passent, plus je me sens choquée, bouleversée et désillusionnée face aux allégations de brutalité policière, d’intimidation, de détentions arbitraires (pour ne nommer que celles-là) exprimées dans les médias par plusieurs personnes de retour du sommet du G8/G20, qui s’est déroulé récemment à Toronto.

Choquée de voir un tel mépris pour les droits fondamentaux de la personne dans un pays, dont on essaie de me faire croire qu’il est le mien, le Canada. Choquée dans mes valeurs et mes convictions d’entendre les témoignages de tous ces jeunes qui me ressemblent, et qui furent profondément humiliés car ils voulaient aller défendre des opinions qui étaient pour la plupart fort louables.

Comme beaucoup des gens qui m’entourent et qui n’étaient pas à Toronto la fin de semaine dernière, je me sens totalement impuissante face à ce qui s’est passé. J’aurais envie que politiciens, médias et citoyens québécois s’unissent pour dénoncer de toutes leurs forces ce qui est arrivé. Dénoncer qu’une cinquantaine de jeunes furent arrêtés parce qu’ils étaient dans un dortoir aménagé pour les manifestants à l’Université de Toronto alors que, comme Émilie Guimond Bélanger de Québec Solidaire, ils avaient probablement pris la peine de s’éloigner dès qu’ils sentaient que la tension montait dans les rues où ils marchaient la veille. Dénoncer le fait que certains de ces jeunes, comme Thomas Deshaies du Mouvement pacifique pour l’indépendance du Québec (MPIQ), ont dû verser plus de 1000dollars de caution pour être relâchés, alors qu’ils avaient été arrêtés sans raison apparente et en violation de plusieurs droits fondamentaux. Dénoncer le fait que ces jeunes militants aient dû dormir sur le sol froid et humide, qu’ils aient dû aller aux toilettes les uns devant les autres, que les jeunes filles aient dû subir des fouilles à nu dans des conditions absolument dégradantes. Dénoncer qu’on ait laissé plusieurs personnes faire des crises liées à des troubles mentaux ou des crises d’hypoglycémie avant de leur apporter quel que soins que ce soit. Dénoncer qu’on ait menotté ces jeunes aux pieds et aux mains comme s’ils étaient des grands criminels, alors qu’ils étaient simplement venus exprimer leur désaccord avec les pouvoirs en place. Dénoncer le profilage racial qu’ont subi plusieurs Québécois présents, et à qui on a osé dire, après toutes les humiliations qu’on leur a fait subir, que « la prochaine fois, il n’avait qu’à se faire arrêter au Québec ». Bref, dénoncer ce qui s’est passé lors de ces trois jours horribles, dans ce lieu désormais surnommé « Torontonamo ».

Par ailleurs, je suis tout aussi estomaquée de voir que l’on s’entête à porter des accusations contre plusieurs de ces jeunes manifestants – complot avec intention criminelle pour la plupart – après tout ce qu’on leur a fait subir. De ce que j’ai compris de mes cours universitaires, de l’idée que j’avais d’une société libre et démocratique comme le Canada se dit l’être, la liberté d’opinion, d’expression et de réunion pacifique sont tellement à la base de notre société qu’on les a enchâssées dans un texte constitutionnalisé. J’ai alors beaucoup de difficulté à comprendre pourquoi on ne permet pas à ceux qui ont des idées qui s’inscrivent peut-être en faux de celles de ces vingt dirigeants parmi les pays les plus puissants de la planète d’aller s’exprimer, alors que tel est supposé être le fondement de notre démocratie.

Je suis étudiante en droit parce que je crois à la justice, à l’État de droit, et aux institutions qui gouvernent notre société. Mais, au-delà de tout cela, et comme ces jeunes je crois, je suis profondément idéaliste et démocrate. Voilà pourquoi il est tant difficile pour moi de comprendre et d’accepter – et je ne crois pas que nous devons le faire – comment de telles horreurs peuvent arriver dans une société qui se dit libre et démocratique.

Puisque je suis aussi impuissante devant une telle situation, je ne peux qu’encore une fois réitérer tout mon appui aux personnes qui ont vécu de telles atrocités parce qu’elles étaient allées défendre leurs idées. Je ne peux m’empêcher de me dire que chaque fois que nous croyons que le gouvernement Harper ne peut aller plus loin dans le mépris évident qu’il affiche envers la démocratie, il nous surprend par des mesures bafouant encore plus les libertés civiles et politiques que les précédentes. Disons que dans un tel contexte, je n’ai pas hâte à la prochaine fois…

Arianne Bouchard
Responsable des cellules étudiantes
Forum jeunesse du Bloc Québécois

2 réactions sur “« Torontonamo », disent-ils…”

  • Étienne LeBlanc-Lavoie dit :

    Je suis aussi dégoûté que toi Arianne, et ce d’autant plus que je n’entrevois aucune sanction pour qui que ce soit dans cette affaire scabreuse. C’est à se demander qui sont les vrais terroristes.

    Si le chef de police approuve, que le maire de Toronto approuve, que le premier ministre de l’Ontario approuve et que Harper approuve, on se demande bien comment justice pourra être faite, ceci en plus du fait qu’il est impossible d’identifier les policiers qui ont commis des violations de droits constitutionnels (un autre militant de QS s’est fait matraquer et arrêter après avoir tenté de connaître le matricule d’un policier qui l’avait attaqué sans raison).

    Mais ce qui me jette le plus à terre, c’est de voir que la population canadienne approuve la police, et que la population québécoise l’approuve plus encore.

  • Et la police torontoise qui admet avoir fait du profilage à l’égard des Québécois….http://www.cbc.ca/canada/montreal/story/2010/07/03/tor-g20-police-quebecers-targeting-accusations.html

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